meditationatae

Just another WordPress.com site

Froissart “Les chroniques”, Chapter 135 (Old French).

CHAPITRE CXXXV.

Comment le roi Richard fut ek grand péril, en la
CITÉ DE Londres. Comment ces gloutons paysans

EURENT DESB ARETES (diSSIPÉs), ET COMMENT LEURS CA-
PITAINES FURENT DÉCAPITÉES ET TOUT LE ROYAUME RE-
COUVRÉ POUR LE ROI ET LES SIENS;

JLe samedi au matin se départit le roi d* Angleterre
de la Garde-robe-la -reine qui fut en la Riolle
(Tower-royal) et s’en vint à Wesmoustier (West-
minster) et ouït messe en FEglise, et toUs les sei-
gneurs avecque lui. En celle (cette) Église j û Une
image de Notre-Dame en une petite chapelle, qui
fait grands miracles et grands vertus , et eti laquelle
les rois d’Angleterre ont toujours eu grand’ confi-
dence et créance. Là fit le roi ses oraisons devant
cette image et se offrit à lui, et puis monta à cheval
et aussi tous les bai’ons qui étoient de-lez (près)
luij et poùvoit être environ heure de tierce. Le
roi et sa route (troupe) chevauchèrent toute la
chauchiée (chaussée) pour entrer en Londres; et
quand il ot (eut) chevaiuché une espace il tourna
sur senestre (gauche) pour passer au dehors^ Et. nef
savoit nul, de vérité, où il vouloit aller^ car il pre-
noit le chemin pour p.asser ati dehors de Londres^
Ce propre jour au matin s’étoietit assemblés et
cueillis (réunis) tous les mauvais, desquels Wautre
Tuillier , Jacques Strau ( Straw ) et Jean Balle
étoient capitaines, et venus parlementer en une
place que on dit SemitefiUe ( Smitbfield ) , où le
marché des chevaux est le vendredi; et là étoient
plus de vingt mille tous de une alliance. Et encore
en y avoient en la ville beaucoup qui se déjeûnoient
et par les tavernes buvoientla garnache(grenache)et
la malvoisie chez Lombards, et rien n’en payoient.
Et étoit tout heureux qui leur pouvoit faire bonne
chère. Et avoient ces gens que là étoient assemblés,
les bannières du roi que on leur avoit baillées le
jour devant; et étoient sur un propos ces gloutons
que de courir Londres, rober etpiller ce même jour.
Et disoient les capitaines: « Nous n’avons rien fait;
ces franchises que le roi nous a données nous por-
tent trop petit (peu) de profit; mais soyons tous de
un accord, courons cette grosse ville riche et puis-
sante de Londres, avant que ceuxd’Exsexses(Essex),
de Souxsexses (Sussex) , de Cantebruge (Cam-
bridge), de Bateforde (Bedfopd), et des autres con-
trées étranges d^Arundel, de Warvich (Warwick),
de Redinghes (Reding), de Barkesière (Berkshire),
d’Asquesufibtt (Oxford), de Gillenorde (Gilford),
de Conventre (Coventry) , de Line , de Stafort
(Stafford) de Gernenme ^’\ de LincoUe (Lincoln),
de Yorch (York) et de Duresmez (Durham) vien-
nent; car tous viendront Et sçais bien que Yakier
{Walker) et Listier (Lystre) ^’^ les amèneront Et
si nous sommes au-dessus de Londres, de l’or et
de l’argent et des richesses qne nous y trouverons
«t qui y sont 9 nous aurons pris premiers; ni jà ne
nous en repentirons. Et si nous les laissons, ceux,
ce*vous dis, qui viennent, les nous touldront (enlè-
veront). »

A ce conseil étoient-ils tous d’accord, quand
ve:&-ci (voici) le roi qui vient en celle (cette) place^
espoir (peut-être) accompagné desoixante chevaux ,
et ne pensoit point à eux , et cuidoit (croyoit) passer
outre et aller son chemin et laisser Londres. Ainsi
qu’il étôit devant l’abbaye de Saint Barthélémy qui
là est, il s’arrêta et regarda ce peuple, et dit qu’il
n’iroit plus avant, rsisçauroit de ce peuple quelle
chose il leurfailloit (manquoit)j et si ils étoient
troublés^ U les rapaiseroît Les seigneurs qui de4ez
(près) lui étoient s’arrêtèrent quand il s’arrêta; c’é»
toit raison. Quand Wautre TuiUier vit le roi qui
étoit arrêté, il dit à ses gens: « Yez là (voilà) le roi ,
je vueil (veux) aller parler à lui; ne vous mouvez
d’ici si je ne vous signe; et si je vous fais ce signe,
et leur fit un signe, si venez avant etocciez(tuez)
tout honnis le roi, mais au roi ne faites nul mal;
il est jeune, nous en ferons à notre volonté et le mè-
nerons partout où nous voudrons en Angleterre et
serons seigneurs de tout le royaume: il n’est nulle
doute, j» Là avoit un pourpointier ^’^ de Londres,
que on appeloit Jean Tide, qui avoit apporté et
fait apporter soixante pourpoints dont aucuns de
ces Gloutons étoient revêtus, et Tuillier en avoit
un vêtu. Si lui demanda Jean Tide. « Hé sire, qui
me payera de mes pourpoints? Il me faut bien trente
marcs. »-^« Apaise-toi, répondit Tuillier, tu seras
bien payé encore ennuit (aujourd’hui), tiens-fen
à moi, tu as pleige (caution) assez. » A ces mots il
éperonne un cheval sur quoi il étoit monté, et se
part de ses compagnons et s’en vient droitement au
roi , et si près de lui que la queue de son cheval étoit
sur la tête du cheval du roi. Et la première parole
qu’il dit, quand il parla au roi, il dit ainsi: «r Roi,
vois-tu toutes ces gens qui sont là ? d — «r Ouil, dit
le roi, pourquoi le dis-tu? » — « Je le dis pour ce
qu’ils sont tous en mon commandement et me ont

tous juré foi et loyauté à faire ce que je voudrois.i>

« A la bonne heure, dit le roi, je vueil (Veux) bien
qu’il soit ainsi. » Adonc dit Tuillier , qui ne
demandoit que la riote (désordre): * Guide (crois}-
tu,dis, roi, que ce peuple qui là est, et autant à
Londres et tous à mon commandement, se doye
(doive) partir de toi sans emporter leurs lettres?
Nennil, nous les emporterons devant nous. » Dit
le roi: c* 11 en est ordonné j il faut faire et délivrer
l’un après l’autre. Compain (compagnon), relraiex
(retirez)-vous tout bellement devers vos gens et les
faites retraire (retirer) de Londres , et soyez paisi-
bles, et pensez de vousj car c’est notre entente
(intention) que chacun de voiis, par villages et mai-
ries, dura sa lettre, comme dit est. » Aces mots
WautreTuillier jette les yeux sur un écuyer du roi,
qui étoit derrière le roi et portoit l’épée du roi, et
liaioit (haïssoit) ce Tuillier grandement cet ecuyer,
car autrefois il s’étoit pris de paroles à lui, et l’avoit
Pécuyer villeriné (maltraité). « Voire, dit Tuillier,
es-tu là ? Baille-moi ta dague. » — « Non ferai, dit
l’écuyer; pourquoi la te baillerois-je? » Le roi re-
garda sur son varlet et lui dit: « Baille-lui. » Cil
(celui-ci) luibailla moult ennuis (avec peine). Quand
Tuillier la tint, il en commença à jouer etàtourner-
en sa main; et reprit la parole à l’écuyer, et lui dit:
If Baille-moi celle (cette) épée. *-^« Non ferai, dit
récuyer, c’est l’épée du roi,^ tu ne vaux mie que tu
l’aies; car tu n’es que un garçon; et si toi et moi
étions tous seuls en celle (cette) place, tu ne dirois
ni eusses dit ces paroles, pour aussi gros d’or que
ce moûtier de Saint Paul est grand. » — « Par ma
foi, dit Tuillier ,^ je ne mangerai jamais si aurai ta
tête. » A ces mots étoit venu le maire de Londres,,
lui douzième, montés à chevaux et tout armé des-
sous^ sa robe , et les autres aussi , et rompit la
presse et vit comment cil (ce) Tuillier se démenoit
Si dit eii son langage: « Gars, comment es-tu si
osé de dire tels paroles en la présence du roi? Cest
trop pour toi » Adûnc se félooina (irrita) le roi et dit
au maieur: c Maire, mettez la main à lui. » Entre-
meutes (pendant) que le roi parloit, cil (ce) Tuilr
lier avoit parlé au maieur et dit:. « Et de ce que je
fais et dis, à toi qu^en monte (importe)? j» •— « Yoire,
dit le Ataire qui jà étoit advoez (approuvé) du roi,
gars puant, parle-tu ainsi en la présence du roi mon
naturel seigneur? Je ne vueil (veux) jamais vivre
si tu ne le compares (payes) »
A ces mots U trait (tire) un grand baddlaiie
(coutelas) que il portoit,, et lâche et fiert (frappe) ce
TuiUier un tel horion sur la tête que il Fahattit aux
pieds de son cheval Sitôt que il fut chu entre les
pieds, on l’environna de toutes parts, parquoi il ne
fut vu des assemblées qui là étoient et qui se dir^
soient ses gens.. Adonc descendit un écuyer du roi
que on appeloit Jean Standuich (Standish) ^’^ et
trait (tira) une belle épée que il portoit et la bouta
au ventre de ceTuillier, et là fut mort. Adonc s’a-r
perçurent ces méchants, gens là assemblés que Leur
capitaine étoit occis: si commencèrent à murmurer
ensemble et à dire; « Ils ont mort notre capitaine »
allons, allons , occions. tout. » A ces mots ils se ran-*
gèrent sur la place , par manière d’une bataille, cha-^
cun son arc devant lui qui Favoit. Là fit le roi un
grand outrage (témérité) j mais il fut converti en
bien. Car tantôt que Tuillier fut atterré , il se
partit de ses gens, tout seul, et dit: « Demeurez-ci^
nul ne me suive. » Lors vint-il au devant de ces
folles gens qui s’ordonnoient pour ymvt venger leur
capitaine, et leur dit: « Seigneurs, que vous faut?*
Vous n’avez nul autre capitaine que moi, je suis
votre roi,tene2>-vous en paix. » Dont il advint que le
plus de ces gens, sitôt qu’ils virent et ouïrent parler
le roi, ils furent tous honteux et se commencèrent»
à défuir j et c’étoient les paisibles: mais les mauvais,
ne se départoient mie (pas); ainçois (mais) se orden^
noient et montroient que.ils feroient quelque chose<
Adonc retourna le roi à ses genfi et demanda que il
étoit bon à faire. Il fut conseillé que il se traieroit
(rendroit)» hurles champs; car fuir ni éloigner ne
leur valoitrien. Et dit le maire «Il est bon. que
nous fassions, ainsi ;. car )e suppose que nous au-t
rons tantôt grand confort de ceux de Londres,
des bonnçjs gens de ceux de notre lez (côté), qui son^
pourvus et. armés, eux. et leur&amis, eu leurs mai-
sons. »

Entrementes (pendant) que ces choses fse déme-^
noient ainsi, couroit une voix et un effroi parmi
Londres, en disant ainsi:. « Oniue le roi; » Fouc.
lequel, effroi toutes manièp^s de bonnes g^n& de la
partie du roi saillirent hors de leurs hôtels^ armés
et pourvus, et se trairent (rendirent) tous devers
SemiteiiUes(Smihefield)etsur les champs là où le roi
étoit trait (rendu); et furent tantôt sept à liuit mille
hommes ariçés tous ou envîroin. Là. vinrent ton»
les premiers messire Robert GanoUe (Knolles) et
messire Perducas de la Breth bien acompagné de
bonnes gens, et plusieurs des échevins de Londres
à (avec) plus de six cents hommes d’armés^ et un
paissant homme de la ville qui étoit des draps ^’^ du
roi, que on appeloit Nicolas Branbre (Bambei),
et admena avecques lui une grand’route (troupe) de
))onnes gens d’armes. Et tout ainsi comme ils ve-
noient, ils se rangeoient et se me tt oient tous à pied
ci en bataille de-Iez (près) le roi d’une part. D’au-
tre part étoient ces méchants gens tous rangés, et
inontroient quç ils sç vouloient combattre ; et
avoient les bannières du roi avec eujt;. Là fit le roi
trois chevaliers j l’un fut le maieur (maire) de Lon-
dres mçssireJean WalQurde(W'”. Walworth), Pau-
tre fut messire Je^n Scandvich (Standiik) et l’au-
tre fut messire Nicolas Branbre(Bamber.). Adoncpar-*
lementèrent les^ seigneurs qui là étoient et disoient:
« Que fe;’ons?nous ? Nous véoi^s (voyo^s) nos enne-
mis qui ndus eussent volontiers Qccis si ils vissent
(eussent vu) que Us en pussent le meilleur. i> Messire
Robert Canolle (KnoUes) çonseiHoit tout outre que
pu les allait coiAbattre et toi^s occirei mais le roi ne
fy ^ss^toit (çonsentoil) nullement et disoit que il
ne vpuloit pas qu’on fit ainsi: «M^is je veuil(veux),
dit le roi, que on voise (aille) requerre (chercher)
mes bannières; et nous verrons, en demandant nos
bannières, comment ils se maintiendront: toutefois,
ou bellement ou autrement je les vueil ( veux ) r’a-
voir. » — (f Cest bon, dit le comte de Sallebery (Sa-
lisbury). j» Adonc furent envoyés ces trois nouveaux
chevaliers devers eux. Ceschevaliers leur firentsigne
que ils ne traissent (remiiassant) point, car ils ve-
noient là pour traiter. Quand ils furent yenussi
près que pour parler et pour être ouïs, ils dirent;
« Écoutez; le roi vous mande que vous ^li ren-
voyez ses bannières, et nous espérons que il aura
merci de vous. » Tantôt ces bannières furent baillées
et rapportées au roi. Encore fut là coifimandé à ces
vilains, de par le roi et sur les têtes, que qui auroit
lettres d u roi impé tr ées il les remit avant. Les aucuns ,
non mie toi|s,Ies rapportoientLeroiles faisoit pren-
dre et dessirer (déchirer) en leur présence. Vous
devez et pouvez sçavoir que sitôt que les bannières
du roi furent rapportées, ces. méchants ne tinrent
nul àrroi (rang)^ mais jetèrent la ^igoeur (ma-
jeure) partie de leurs arcs jt:is (à bas) et se déroutè-
rent et se retrairent (retirèrent) vers Londres. Trop
étoit courroucé messirç Robert Canolc (KnoUes) de
ce que on ne leur couroit sus et que ou n^occioit
tout. Mais le roi ne le vouloit consentir et dispit
qu’il eu pri^ndroit bien vengeance, ainsi qu’il fit
depuis.

Ainsi se départirent et se dégâtèrent ces folles
gens Fun çà l’autre là; et le roi et les seigneurs et
leurs routes (troupes) rentrèrent ordonnément eu
Londres à (avec) graud’joie. Et le ^emier chemin
que le roi fit, il vint devers sa dame de mère I4
princesse qui étoit en un châtel en la Riole , que
on dit laGarde*robe-la-reîneet là s’étoit tenue deux
jours et deux nuits, moult ébahie: il y avoitbien
raison. Quand elle vit le roi son fils, elle fut moult
réjouie et lui dit: <c Ha, beau fils, comme j’ai hui
(aujourd’hui) eu grand’peine pour vous et grand’
angoisse: » Donc répondit le roi et dit: « Certes,
madame, je le sais bien; or vous réjouissez et louez
Dieu, car il est heure de louer Dieu; car j’ai au-
jourd’hui recouvré mon héritage et le royaume
d’Angleterre que je avois perdu. » Ainsi se tint ce
jour le roi de-lez (près) sa mère, et les seigneurs
j’en allèrent paisiblement chacun en son hôtel. Là
fiit fait un cri et un ban de par le roi, de rue en
rue, que tantôt toutes manières de gens qui. n’é*
toient de la nation de Londres, ou qui n’y avoient
demeuré un an entier, partissent;, et si ils y étoient
sçus ni trouvés le dimanche an soleil levant, ils se-
roient tenus comme traîtres envers le roi et per*
droient les têtes. Ce ban fait et ouï on ne l’osa en-
freindre; et se départirent incontinent, ce samedi ,
toutes gens et s’en allèrent^ tous desbaretés (décou-
ragés) , en leurs lieux. Jean Balle, et Jacques Strau
furent trouvés en une vieille masure repostz (ca-
chés), qui se cuidoient(croy oient), embler (échap-
per); mais ils ne purent; car de leurs gens mêmes ils
furent accusés. De leur prise furent le roi et les sei-
gneurs grandement réjouis, car on leur trancha les
têtes, et deTuillier aussi, combien qu’il fut par
avant mort; et furent mises sur le pont à Lon-
dres et ôtées celles des vaillants hommes que le
jeudi ils avoient décolés. Ces nouvelles s^espardirent
(répandirent) tantôt environ Londres. Pour ceux
des étranges contrées qui là venoient et qui là de
ces mécnants gens mandés étoient, si se retrayèvent
(retirèrent) tantôt en leurs lieux, ni ils ne vinrent,
ni osèrent venir plus avant.

Advertisements

Written by meditationatae

June 15, 2014 at 7:25 am

Posted in History

Tagged with ,

%d bloggers like this: